Partager l'article ! 11-12 L2 esth cours du 24 01 2012 Diderot Greuze: Diderot : Salon de 1761, OC t. 5 pp. 101-102 : « Cette sœur aîn ...
Diderot : Salon de 1761, OC t. 5 pp. 101-102 :
« Cette sœur aînée, est-ce une sœur, ou une servante ? Si c’est une servante, elle a tort d’être appuyée sur le dos de la chaise de
son maître, et je ne sais pourquoi elle envie si violemment le sort de sa maîtresse. Si c’est un(e) enfant de la maison, pourquoi cet air ignoble, pourquoi ce négligé ? Contente ou
mécontente, il fallait la vêtir comme elle doit l’être aux fiançailles de sa sœur. Je vois qu’on s’y trompe ; que la plupart de ceux qui regardent le tableau, la prennent pour une servante,
et que les autres sont perplexes. »
Grimm commente (p. 104) :
« Je ne trouve pas l'observation de M. Diderot sur la soeur aînée fondée. D'abord, je soutiens qu'on ne peut s'y méprendre ; qu'on voit
très clairement que c'est la soeur, et non pas une servante ; son air ignoble ne vient que de la passion vile dont elle est dévorée, et quant à l'habillement vous voyez bien que la jalousie et
l'envie qu'elle porte à sa soeur ne lui ont pas permis de se parer pour ses fiançailles ; c'est pour elle un jour de deuil ; et le père et la mère ont des soins trop chers ce jour-là pour
remarquer cette mauvaise conduite de leur fille aînée, et pour la faire rentrer en elle-même. »
complément :
présentation du tableau par Diderot : il commence par dire quel est le sujet et son caractère moral ; les personnages et leurs rôles ; puis une description purement picturale, à la fois soulignée et relativisée (lignes très riches, qui mériteraient de longs commentaires) :
« Enfin je l’ai vu, ce tableau de notre ami Greuze ; mais ce n’a pas été sans peine ; il continue d’attirer la foule. C’est un père qui vient de payer la dot de sa fille. Le sujet est pathétique, et l’on se sent gagner d’une émotion douce en le regardant. La composition m’en a paru très belle ; c’est la chose comme elle a dû se passer. Il y a douze figures ; chacune est à sa place, et fait ce qu’elle doit. Comme elles s’enchaînent toutes ! Comme elles vont en ondoyant et en pyramidant ! Je me moque de ces conditions ; cependant, quand elles se rencontrent dans un morceau de peinture par hasard, sans que le peintre ait eu la pensée de les y introduire, sans qu’il leur ait rien sacrifié, elles me plaisent. »