Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 17:22

dans ce même blog, consulter surtout : 

(copier les adresses et les coller dans la barre d'adresses ; paradoxalement, le système pour faire un lien direct intra-blog est très malcommode)

http://blogdemphilippon.over-blog.com/article-10-11-agregation-esth-cours-du-19-11-10-musee-61408312.html

 

et

http://blogdemphilippon.over-blog.com/article-10-11-agregation-esth-musee-z-lectureola-63717773.html

http://blogdemphilippon.over-blog.com/article-10-11-agreg-complements-oeuvre-isolee-musee-proust-67072507.html

http://blogdemphilippon.over-blog.com/article-09-10-exp-esth-td-mercier-valery-complement-49136937.html

 

Le texte de Valéry "Le problème des musées" est sur le site des "Classiques des sciences sociales", libre de droits mais selon la loi canadienne seulement. 

 

Suppléments

 

Rodin Faire... p. 38 : 

« Malheureusement, depuis un siècle environ, on s'est avisé d'enfermer les oeuvres d'art loin de la place pour laquelle elles furent créées. Là, dans les Musées, on confond l'esprit des siècles et des manifestations diverses. C'est ce qui a fait perdre le sens parfait de l'ornementation, c'est-à-dire de l'ensemble du cadre qui doit préoccuper un artiste lorsqu'il fait une œuvre pour un milieu déterminé. On en est arrivé ainsi, assez rapidement, à considérer les œuvres d'art comme des objets qu'on peut placer n'importe où. C'est fâcheux. Car l'art ne doit pas être un enjolivement, mais une ornementation bien établie, qui doit rentrer dans un ensemble harmonieux.

Et le secret de cette harmonie, que nous observons dans la sculpture et la peinture des Antiques, qui contribuaient toujours à la composition de l'architecture, est tout le secret perdu du métier de l'art. »

 

Wolfflin : « Il n'y a pas de statue indépendante qui n'ait ses racines dans l'architecture. »

 

Valéry 2-606-7 : 

« Libre enfin des musées ! 

Les collections, contraires à l'esprit ; le harem à l'amour. 

On est fatigué des disputes de ces dames sultanes. La somme de toutes ces beautés est absurde, accablante. Une assemblée d'objets exceptionnels, une foule de singuliers ne peut plaire qu'à des marchands, séduire que des insensibles qui se croient sensibles, et des gens crédules. [...] Les musées sont odieux aux artistes. 

Ils n'y entrent que pour souffrir, ou espionner, dérober des secrets militaires. 

S'ils jouissent, c'est par l'atrocité de leurs mépris. »

Par M. Philippon
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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 11:11

Giono Mort d'un personnage, Grasset p. 159 :

« Elle la regardait comme on regarde un chien  -  comme les imbéciles regardent un chien. » 


Céline : Guignol's band 1, 1944 (p. 99) :

« Je reste au mieux avec les musiques, les petites bêtes, l'harmonie des songes, le chat, son ronron. »



Je ne conseillerais pas pendant l'année d'agreg de lire "Cœur de chien", de Boulgakov, œuvre intéressante, mais un peu longue. En revanche, il y en a un résumé sur Wikipédia. On trouve aussi sur le web un article (mais assez peu dense) sur l'homme animalisé chez 3 auteurs russes / soviétiques du XX° (Boulgakov, Zamiatine et  Pilniak) par Tatiana Victoroff.     

 

En revanche, du point de vue littéraire, on sait que Genevoix a beaucoup et merveilleusement écrit sur les animaux, la chasse, etc (Raboliot est encore un peu connu). Dans ses Contes complets, en belle édition à la BU, 1° étage, le tome VI comporte ses "Bestiaires" qui sont de pures merveilles d'observation et de parfaite langue française. Tournier en fait d'ailleurs un grand éloge dans un bref article repris dans le recueil "Le vol du vampire". Il cite ce passage :

 

Genevoix : Tendre bestiaire, chap. Le chevreuil, in Contes et récits, tome 6 p. 37 : 

« Qui a vu un chevreuil, à la lisière d'un bois, sauter un haut grillage pour aller viander dans un champ ne saurait oublier ce bond splendide, le col tendu, les genoux avant rassemblés jusqu'à presque toucher la gorge, l'ascension apparemment lente, prodigieusement aisée qui soulève en oblique le corps fauve, le repli brusque des pattes arrière aux passer du fil barbelé, tandis qu'à l'avant-train les pattes déjà se déploient et s'allongent pour recevoir - basculant, inversant vers la descente l'oblique du corps jusqu'alors ascendant -  le poids de l'animal qui va reprendre terre.

C'est un enchantement pour les yeux. La grâce, la force et l'efficacité touchent ici à leur perfection. Quel athlète qui puisse y atteindre ? La volonté, le cœur, l'intelligence, les dons physiques les plus rares ne rejoindront jamais cette naturelle et facile beauté. »

Par M. Philippon
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 11:54

      Le "cadre" peut désigner le milieu, l'environnement, le "cadre de vie" ; alors, contrairement au cadre du tableau, il est non pas ce qui sépare la chose du monde, mais ce dans quoi la chose baigne, et qui l'imprègne.
          Dans l'admirable début du Père Goriot, la description du milieu prépare et explique la description physique et morale des personnages. A noter que Balzac parle de la rue comme d'un "cadre" au sens pictural du mot, jouant ainsi sur les deux sens : ce qui isole / ce qui relie.

      La maison où s’exploite la pension bourgeoise appartient à madame Vauquer. Elle est située dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l’endroit où le terrain s’abaisse vers la rue de l’Arbalète par une pente si brusque et si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement. Cette circonstance est favorable au silence qui règne dans ces rues serrées entre le dôme du Val-de-Grâce et le dôme du Panthéon, deux monuments qui changent les conditions de l’atmosphère en y jetant des tons jaunes, en y assombrissant tout par les teintes sévères que projettent leurs coupoles. Là, les pavés sont secs, les ruisseaux n’ont ni boue ni eau, l’herbe croît le long des murs. L’homme le plus insouciant s’y attriste comme tous les passants, le bruit d’une voiture y devient un événement, les maisons y sont mornes, les murailles y sentent la prison. Un Parisien égaré ne verrait là que des pensions bourgeoises ou des institutions, de la misère ou de l’ennui, de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeunesse contrainte à travailler. Nul quartier de Paris n’est plus horrible, ni, disons-le, plus inconnu. La rue Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze, le seul qui convienne à ce récit, auquel on ne saurait trop préparer l’intelligence par des couleurs brunes, par des idées graves ; ainsi que, de marche en marche, le jour diminue et le chant du conducteur se creuse, alors que le voyageur descend aux Catacombes. Comparaison vraie ! Qui décidera de ce qui est plus horrible à voir, ou des cœurs desséchés, ou des crânes vides ?
La façade de la pension donne sur un jardinet, en sorte que la maison tombe à angle droit sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève, où vous la voyez coupée dans sa profondeur. Le long de cette façade, entre la maison et le jardinet, règne un cailloutis en cuvette, large d'une toise, devant lequel est une allée sablée, bordée de géraniums, de lauriers-roses et de grenadiers plantés dans de grands vases en faïence bleue et blanche. On entre dans cette allée par une porte bâtarde surmontée d'un écriteau sur lequel on lit : MAISON VAUQUER et en dessous : Pension bourgeoise des deux sexes et autres. Pendant le jour, une porte à claire-voie, armée d'une sonnette criarde, laisse apercevoir au bout du petit pavé, sur le mur opposé à la rue, une arcade peinte en marbre vert par un artiste du quartier. Sous le renforcement que simule cette peinture s'élève une statue représentant l'Amour. A voir le vernis écaillé qui le couvre, les amateurs de symboles y découvriraient peut-être un mythe de l'amour parisien qu'on guérit à quelques pas de là. Sous le socle, cette inscription à demi effacée rappelle le temps auquel remonte cet ornement par l’enthousiasme dont il témoigne pour Voltaire, rentré dans Paris en 1777 :
         Qui que tu sois, voici ton maître :
       

        Il l’est, le fut, ou le doit être.
À la nuit tombante, la porte à claire-voie est remplacée par une porte pleine. Le jardinet, aussi large que la façade est longue, se trouve encaissé par le mur de la rue et par le mur mitoyen de la maison voisine, le long de laquelle pend un manteau de lierre qui la cache entièrement et attire les yeux des passants par un effet pittoresque dans Paris. Chacun de ces murs est tapissé d'espalier et de vigne dont les fructifications grêles et poudreuses sont l'objet des craintes annuelles de madame Vauquer et de ses conversations avec les pensionnaires. Le long de chaque muraille règne une étroite allée qui mène à un couvert de tilleuls, mot que madame Vauquer, quoique née de Conflans, prononce obstinément tieuilles, malgré les observations grammmaticales de ses hôtes. Entre les deux allées latérales est un carré d'artichauts flanqué d'arbres fruitiers en quenouille, et bordé d'oseille, de laitue ou de persil. Sous le couvert de tilleuls est plantée une table ronde peinte en vert, et entourée de siéges. Là, durant les jours caniculaires, les convives assez riches pour se permettre de prendre du café viennent le savourer par une chaleur capable de faire éclore des oeufs. La façade, élevée de trois étages et surmontée de mansardes, est bâtie en moellons et badigeonnée avec cette couleur jaune qui donne un caractère ignoble à presque toutes les maisons de Paris. Les cinq croisées percées à chaque étage ont de petits carreaux et sont garnies de jalousies dont aucune n'est relevée de la même manière, en sorte que toutes leurs lignes jurent entre elles. La profondeur de cette maison comporte deux croisées qui, au rez-de-chaussée, ont pour ornement des barreaux en fer grillagés. Derrière le bâtiment est une cours large d'environ vingt pieds, où vivent en bonne intelligence des cochons, des poules, des lapins, et au fond de laquelle s'élève un hangar à serrer le bois. Entre ce hangar et la fenêtre de la cuisine se suspend le garde-manger au dessous duquel tombent les eaux grasses de l'évier. Cette cour a sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève une porte étroite par où la cuisinière chasse les ordures de la maison en nettoyant cette sentine à grand renfort d'eau, sous peine de pestilence.
      Naturellement destiné à l'exploitation de la pension bourgeoise, le rez-de-chaussée se compose d'une première pièce éclairée par les deux croisées de la rue, et où l'on entre par une porte-fenêtre. Ce salon communique à une salle à manger qui est séparée de la cuisine par la cage d'un escalier dont les marches sont en bois et en carreaux mis en couleur et frottés. Rien n'est plus triste à voir que ce salon meublé de fauteuils et de chaises en étoffe de crin à raies alternativement mates et luisantes. Au milieu se trouve une table ronde à dessus de marbre Sainte-Anne, décorée de ce cabaret en porcelaine blanche ornée de filets d'or effacés à demi que l'on rencontre partout aujourd'hui. Cette pièce, assez mal planchéiée, est lambrissée à hauteur d'appui. Le surplus des parois est tendu d'un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont coloriés. Le panneau d'entre les croisées grillagées offre aux pensionnaires le tableau du festin donné au fils d'Ulysse par Calypso. Depuis quarante ans, cette peinture excite les plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient supérieurs à leurs position en se moquant du dîner auquel la misère les condamne. La cheminée en pierre, dont le foyer toujours propre atteste qu'il ne s'y fait de feu que dans les grandes occasions, est ornée de deux vases pleins de fleurs artificielles, vieillies et encagées, qui accompagnent une pendule en marbre bleuâtre du plus mauvais goût. Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu'il faudrait appeler l'odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une salle où l'on a diné ; elle pue le service, l'office, l'hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l'on inventait un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et nauséabondes qu'y jettent les atmosphères catarrhales et sui generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. Eh bien, malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à manger, qui lui est contiguë, vous trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l'être un boudoir. Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d'assiettes en porcelaine épaisse, à bord bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boite à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses de chaque pensionnaires. Il s'y rencontre des ces meubles indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l'appétit, toutes encadrées en bois noir verni à filets dorés ; un cartel en écaille incrustée de cuivre ; un poêle vert, des quinquets d'Argand où la poussière se combine avec l'huile, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de style, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge est plein de vallées produites par le frottement ou par les mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie ; une misère économe, concentrée, râpée. Si elle n'a pas de fange encore, elle a des taches ; si elle n'a ni trous ni haillons, elle va tomber en pourriture.
      Cette pièce est dans tout son lustre au moment où, vers sept heures du matin, le chat de madame Vauquer précède sa maîtresse, saute sur les buffets, y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d'assiettes, et fait entendre son ronron matinal. Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis ; elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d'église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s'est blottie la spéculation, et dont madame Vauquer respire l'air chaudement fétide, sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d'automne, ses yeux ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l'amer renfrognement de l'escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique la personne. Le bagne ne va pas sans l'argousin, vous n'imagineriez pas l'un sans l'autre. L'embonpoint blafard de cette petite femme est le produit de cette vie, comme le typhus est la conséquence des exhalaisons d'un hôpital. Son jupon de laine tricotée, qui dépasse sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont la ouate s'échappe par les fentes de l'étoffe lézardée, résume le salon, la salle à manger, le jardinet, annonce la cuisine et fait pressentir les pensionnaires. Quand elle est là, ce spectacle est complet.

Par M. Philippon
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 17:53

Baudelaire  : Le cadre : 

« Comme un beau cadre ajoute à la peinture, 

Bien qu’elle soit d’un pinceau très-vanté, 

Je ne sais quoi d’étrange et d’enchanté

En l’isolant de l’immense nature [...] »

 

Hugo

« La beauté n'est pas autre chose que l'infini contenu dans un contour. »

 

Heidegger

« La limite n’est certes pas seulement le contour et le cadre, n’est pas seulement le lieu où quelque chose s’arrête. La limite signifie ce par quoi quelque chose est rassemblée dans ce qu’elle a de propre pour apparaître par là dans toute sa plénitude, pour venir à la présence. »

(« La provenance de l’art et la destination de la pensée », conférence à l’Académie des sciences et des arts d’Athènes (4 avril 1967), Martin Heidegger, L’Herne, n° 45, Paris, Éditions de l’Herne, 1983, p. 86.) 

 

Valéry Pléiade 1-34 : (Gênes) 

« Il y a des morceaux de jeunesse, des épisodes, des attitudes qui, lorsqu'elles reviennent à la mémoire, ont l'air de choses d'Opéra, de fragments isolés par le cadre d'une scène, défendus contre l'actuel, par un fossé de musique, une haie vive de timbres impossibles. »

Jünger : Le Cœur aventureux version de 1929 p.136 :

« ... ce que nous attendons de l'acteur : il doit nous représenter la vie, pour ainsi dire, comme si elle n'était pas observée, comme si elle passait devant nous sur ses trajets frayés. Plus l'action sur la scène donne l'impression d'une légalité personnelle, autonome, l'impression d'un organisme, plus l'illusion est intense. C'est pourquoi l'effet d'un monologue est d'autant plus fort qu'il est moins tourné vers le public. »

 

Kandinsky p. 248 : 

« Chaque art fait un tout refermé sur soi. Chaque art est une vie singulière. Il est à soi-même un empire. »

 

Foucart  (§ d'histoire de l'art web) : 

« ...   comment ne pas voir que la lourde et superbe peinture des paysagistes romantico-naturalistes des années 1840-1860 avec ses ouvertures méditées et préparées sur la nature avait un besoin quasi physique d'une approche conduite et graduée à coups de rebords et de ressauts moulurés qui font du gros cadre type de l'Ecole de Barbizon un extraordinaire tempo d'isolation et de concentration permettant au motif de s'exalter. »


Huysmans : A Rebours GF p. 110-111 :  

« Mais là ne se bornaient point les achats de tableaux qu'il avait effectués dans le but de parer sa solitude. Bien qu'il eût sacrifié tout le premier étage de sa maison qu'il n'habitait personnellement pas, le rez-de chaussée avait à lui seul nécessité des séries nombreuses de cadres pour habiller les murs. »

 

 

Par M. Philippon
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 18:08

Dom Pernety, Dictionnaire portatif de peinture et de sculpture (1757)

[auteur connu aussi pour ses "théories" mystico-occultistes] : 

DETAIL, en termes de Peinture ou de Sculpture, signifie les petites parties d'une figure ou autre objet, comme les paupières, les sourcils, la barbe, le blanc des yeux, la couleur de l'iris, les petits sillons des jointures des doigts, les petites rides d'un visage, etc. Un Peintre et un Graveur ne doivent pas s'amuser à tenir tous ces détails dans les figures [...]. Séduits quelquefois par le plaisir de faire un morceau qui paraisse soigné, ils s'amusent à finir la tête d'une fiigure éloignée ; mais ils prodiguent leurs peines bien mal-à-propos ; puisque l'ouvrage en devient froid, il perd un mérite qui pourrait avoir place ailleurs, il fait une faute contre le dessin et le sens commun. Quelques petits coups touchés artistement forment de jolies têtes, et même des passions, mieux que tous les soins qu'on pourrait prendre de marquer les prunelles, les paupières, les narines, et autres minuties.

 

Musset

« Je me souviens que, regardant un jour un petit tableau de bataille fait avec soin, je me demandais si, dans cette minutie scrupuleuse, il n’y avait pas beaucoup de convention. J’étais choqué de pouvoir compter jusqu’aux boutons des habits des soldats. Ne devrait-on pas, me disais-je, lorsqu’on enferme un grand espace dans une toile si resserrée, laisser supposer au spectateur que ce qu’on lui montre est à distance ? Un paysage, par exemple, ne devrait-il pas toujours être un lointain ? car, autrement, quelle apparence de vérité pour celui qui regarde ? Il lui semble être dans une chambre obscure, et voir la nature à travers un appareil microscopique. Cette réflexion m’est revenue en tête devant les ouvrages de M. Granet. Il n’y a point là de convenu, car ses tableaux veulent être vus à distance, comme s’ils étaient la nature même. Ce sont les seuls qui me fassent clairement comprendre que la réalité puisse être réduite, et que le talent produise l’illusion. »

 

Baudelaire :  

« Qui sait mieux que lui combien il y a de boutons dans chaque uniforme, quelle tournure prend une guêtre ou une chaussure avachie par des étapes nombreuses ; à quel endroit des buffleteries le cuivre des armes dépose son ton vert-de-gris ? Aussi, quel immense public et quelle joie ! Autant de publics qu’il faut de métiers différents pour fabriquer des habits, des shakos, des sabres, des fusils et des canons ! Et toutes ces corporations réunies devant un Horace Vernet par l’amour commun de la gloire ! Quel spectacle ! [...] Ce mot "barbarie", qui est venu peut-être trop souvent sous ma plume, pourrait induire quelques personnes à croire qu’il s’agit ici de quelques dessins informes que l’imagination seule du spectateur sait transformer en choses parfaites. Ce serait mal me comprendre. Je veux parler d’une barbarie inévitable, synthétique, enfantine, qui reste souvent visible dans un art parfait (mexicaine, égyptienne ou ninivite), et qui dérive du besoin de voir les choses grandement, de les considérer surtout dans l’effet de leur ensemble. Il n’est pas superflu d’observer ici que beaucoup de gens ont accusé de barbarie tous les peintres dont le regard est synthétique et abréviateur, par exemple M. Corot, qui s’applique tout d’abord à tracer les lignes principales d’un paysage, son ossature et sa physionomie. [...] Un artiste ayant le sentiment parfait de la forme, mais accoutumé à exercer surtout sa mémoire et son imagination, se trouve alors comme assailli par une émeute de détails, qui tous demandent justice avec la furie d’une foule amoureuse d’égalité absolue. Toute justice se trouve forcément violée ; toute harmonie détruite, sacrifiée; mainte trivialité devient énorme ; mainte petitesse, usurpatrice. Plus l’artiste se penche avec impartialité vers le détail, plus l’anarchie augmente. Qu’il soit myope ou presbyte, toute hiérarchie et toute subordination disparaissent. »

 

 

en prime : Madame Bovary :

quelques descriptions flaubertiennes particulièrement... détaillées... 

 

Le couvre-chef de Charbovari

... le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C'était une de ces coiffure d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait. 

 

Le repas de noces : 

C'était sous le hangar de la charretterie que la table était dressée. Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre endeuilles à l'oseille. Aux angles, se dressait l'eau-de-vie dans des carafes. Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons, et tous les verres, d'avance, avaient été remplis de vin jusqu'au bord. De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-mêmes au moindre choc de la table, présentaient, dessinés sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en arabesques de nonpareille. On avait été chercher un pâtissier à Yvetot, pour les tourtes et les nougats. Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses ; et il apporta, lui-même, au dessert, une pièce montée qui fit pousser des cris. A la base, d'abord, c'était un carré de carton bleu figurant un temple avec portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré ; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'oranges ; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confitures et des bateaux en écales de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturels, en guise de boules, au sommet. 

 

Passage coupé de Madame Bovary : la visite des enfants Homais, avec le cadeau... 

...  (ils apportaient) ... 

l'incroyable cadeau du médecin, qu'avaient acheté de compagnie le percepteur et le marchand d'étoffes. 

Sur sa prière, en effet, ces deux messieurs s'étaient ensemble transportés à Rouen et répétant dans toutes les boutiques leur invariable  phrase : - « Nous voudrions pour une personne qui a de la reconnaissance envers quelqu'un, quelque chose de joli, » Ils avaient fini par découvrir une curiosité qui coûta cinquante écus et qui ne valait pas trois liards. 

C'était une manière de disque en bois, garni de grelots tout autour et sur lequel quantité de petits bonshommes parmi des maisonnettes peintes en rouge, s'occupaient à des professions différentes.

L'ensemble représentait une ville. La cathédrale au milieu, était ornée sous son portique, de personnages en verre filé qui se pressaient pour un batême. Plus loin, un âne à poil de lapin portait dans des cacolets, des noyaux de prunes en guise de cantalous  et sous les tentes de la poissonnerie, des saumons de plâtre avec leurs rougeurs à la gueule ressemblaient à des cigares en chocolat. On voyait un vendeur de moutarde brouettant son tonneau et un charcutier qui ouvrait un cochon - puis des arbres frisés comme des perruques et  dans une confusion de couleurs, bleues, blanches, grises, dans un pèle-mêle  de lignes disgracieuses et de positions impossibles, des veaux, des chevaux, des charettes, des laitières; car il y en avait pour tous les goûts pour  tous  les  sexes. Ainsi  quatre  soldats  à  Panache  entouraient un obusier,  tandis que  des blanchisseuses  lavaient  du linge  absent dans  un bassin  sans eau,  - où  s'accumulait  d'ailleurs  toute la poussière  de ce hideux édifice; - et s'il n'était pas des plus neufs, c'est qu'on ne fabriquait  point  souvent  de  pareilles choses.  Celle-là  même affirmait le marchand, avait été autrefois, destinée au Roi-de-Rome 

L'apothicaire en fut  si enthousiasmé  qu'il  la  plaça dans son salon ;  et  il la montrait  aux personnes  qui venaient  à la pharmacie,  en s'écriant  invariablement : « Moi  je trouve que c'est un morceau digne d'être dédié à un musée ! » 

Ce  merveilleux  joujou  ne  tarda  pas  cependant,  à produire  du  trouble  dans  la  famille  Homais.  D'abord  les enfans le manièrent tellement,  que toute la peinture  s'en alla. Puis s'ennuyant  de le contempler en commun,  chacun voulut accaparer pour lui seul,  ce qu'il jugeait  être  à sa convenance. Mais la colle forte,  qui se moulait  comme des bottines sur les jambes des bonshommes et qui montait comme une lave contre le mur des maisons,  ne permit pas  d'arracher  une seule pièce sans endommager  toutes les autres.  Napoléon  en s'emparant des militaires  cassa  complètement  la  cathédrale  ce  qui  fit pleurer Athalie  et Franklin  détruisit  exprès  les basses cours pour se venger d'Irma qui en versant de l'eau dans la fontaine, avait abîmé la peau de l'âne. 

 

 

 

Salammbô : la machine de guerre : 

Un craquement épouvantable se rapprochait, mêlé au rythme de voix rauques qui chantaient en cadence.

C’était la grande hélépole, entourée par une foule de soldats. Ils la tiraient à deux mains, halaient avec des cordes et poussaient de l’épaule ; — car le talus, montant de la plaine sur la terre, bien qu’il fût extrêmement doux, se trouvait impraticable pour des machines d’un poids prodigieux. Elle avait cependant huit roues cerclées de fer, et depuis le matin elle avançait ainsi, lentement, pareille à une montagne qui se fût élevée sur une autre. Puis il sortit de sa base un immense bélier ; le long des trois faces regardant la ville les portes s’abattirent, et dans l’intérieur apparurent, comme des colonnes de fer, des soldats cuirassés. On en voyait qui grimpaient et descendaient les deux escaliers traversant ses étages. Quelques-uns attendaient pour s’élancer que les crampons des portes touchassent le mur ; au milieu de la plate-forme supérieure, les chevaux des balistes tournaient, et le grand timon de la catapulte s’abaissait.

Hamilcar était, à ce moment-là, debout sur le toit de Melkarth. Il avait jugé qu’elle devait venir directement vers lui, contre l’endroit de la muraille le plus invulnérable, et, à cause de cela même, dégarni de sentinelles. Depuis longtemps déjà ses esclaves apportaient des outres sur le chemin de ronde, où ils avaient élevé, avec de l’argile, deux cloisons transversales formant une sorte de bassin. L’eau coulait insensiblement sur la terrasse, et Hamilcar, chose extraordinaire, ne semblait point s’en inquiéter.

Mais, quand l’hélépole fut à trente pas environ, il commanda d’établir des planches par-dessus les rues, entre les maisons, depuis les citernes jusqu’au rempart ; et des gens à la file se passaient, de main en main, des casques et des amphores qu’ils vidaient continuellement. Les Carthaginois cependant s’indignaient de cette eau perdue. Le bélier démolissait la muraille ; tout à coup, une fontaine s’échappa des pierres disjointes. Alors la haute masse d’airain, à neuf étages et qui contenait et occupait plus de trois mille soldats, commença doucement à osciller comme un navire. En effet, l’eau pénétrant la terrasse avait devant elle effondré le chemin ; ses roues s’embourbèrent ; au premier étage, entre des rideaux de cuir, la tête de Spendius apparut soufflant à pleines joues dans un cornet d’ivoire. La grande machine, comme soulevée convulsivement, avança de dix pas peut-être ; mais le terrain de plus en plus s’amollissait, la fange gagnait les essieux et l’hélépole s’arrêta en penchant effroyablement d’un seul côté. La catapulte roula jusqu’au bord de la plate-forme ; et, emportée par la charge de son timon, elle tomba, fracassant sous elle les étages inférieurs. Les soldats, debout sur les portes, glissèrent dans l’abîme, ou bien ils se retenaient à l’extrémité des longues poutres, et augmentaient, par leur poids, l’inclinaison de l’hélépole - qui se démembrait en craquant dans toutes ses jointures.

 

 

Par M. Philippon
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 16:29

désolé

MP

Par M. Philippon
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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 09:33

Hugo : Voix intérieures : Arc de triomphe :

 

A ta beauté royale il manque quelque chose.
Les siècles vont venir pour ton apothéose
Il te manque la ride et l'antiquité fière,
La vieillesse couronne et la ruine achève.
Il faut à l'édifice un passé dont on rêve,  ...
Et que la vétusté, par qui tout art s'efface, 
Prenne chaque sculpture et la ronge à la face, 
Comme un avide oiseau qui dévore un fruit mûr.
(...) Hélas! d'un beau palais le débris est plus beau.
(...) Attendez que de mousse elles soient revêtues, 
Et laissez travailler à toutes les statues 
Le temps, ce grand sculpteur!

Par M. Philippon
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 11:59

Diderot : Salon de 1761, OC t. 5 pp. 101-102 :
     « Cette sœur aînée, est-ce une sœur, ou une servante ? Si c’est une servante, elle a tort d’être appuyée sur le dos de la chaise de son maître, et je ne sais pourquoi elle envie si violemment le sort de sa maîtresse. Si c’est un(e) enfant de la maison, pourquoi cet air ignoble, pourquoi ce négligé ? Contente ou mécontente, il fallait la vêtir comme elle doit l’être aux fiançailles de sa sœur. Je vois qu’on s’y trompe ; que la plupart de ceux qui regardent le tableau, la prennent pour une servante, et que les autres sont perplexes. »  

 Grimm commente (p. 104) :
     « Je ne trouve pas l'observation de M. Diderot sur la soeur aînée fondée. D'abord, je soutiens qu'on ne peut s'y méprendre ; qu'on voit très clairement que c'est la soeur, et non pas une servante ; son air ignoble ne vient que de la passion vile dont elle est dévorée, et quant à l'habillement vous voyez bien que la jalousie et l'envie qu'elle porte à sa soeur ne lui ont pas permis de se parer pour ses fiançailles ; c'est pour elle un jour de deuil ; et le père et la mère ont des soins trop chers ce jour-là pour remarquer cette mauvaise conduite de leur fille aînée, et pour la faire rentrer en elle-même. »

 

complément :

présentation du tableau par Diderot : il commence par dire quel est le sujet et son caractère moral ; les personnages et leurs rôles ; puis une description purement picturale, à la fois soulignée et relativisée (lignes très riches, qui mériteraient de longs commentaires) :

    « Enfin je l’ai vu, ce tableau de notre ami Greuze ; mais ce n’a pas été sans peine ; il continue d’attirer la foule. C’est un père qui vient de payer la dot de sa fille. Le sujet est pathétique, et l’on se sent gagner d’une émotion douce en le regardant. La composition m’en a paru très belle ; c’est la chose comme elle a dû se passer. Il y a douze figures ; chacune est à sa place, et fait ce qu’elle doit. Comme elles s’enchaînent toutes ! Comme elles vont en ondoyant et en pyramidant ! Je me moque de ces conditions ; cependant, quand elles se rencontrent dans un morceau de peinture par hasard, sans que le peintre ait eu la pensée de les y introduire, sans qu’il leur ait rien sacrifié, elles me plaisent. »

Par M. Philippon
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 16:01

     Vous devez savoir, on a dû vous dire qu'il y a une entrée "animal" dans le Vocab. europ. des philosophies, qui porte bien en effet sur le mot, ses acceptions, ses traductions etc.
 

 

      D'autre part, un texte de Kundera, que j'ai trouvé sans références sur le web (il est rare que les cit. y soient référencées, et je n'ai pas le temps d'éplucher l'ILE pour vérifier) : je vous le livre tel que :

Kundera : L'insoutenable légèreté de l'être :
   « On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d'avance conditionnées par les rapports de force entre individus. La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent. »

 

 

Je vous signale aussi les nouvelles normes orthographiques que l'on peut télécharger à l'adresse suivante :
http://www.orthographe-recommandee.info/
(cf. milieu de page d'accueil : Téléchargez le miniguide d'information.)

Par M. Philippon
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 16:56

Sur l'hypotypose, on peut consulter 2 petits textes sur mon blog personnel (commencer par le 2° de la page, qui est le 1° chronologiquement)

http://lecalmeblog.blogspot.com/search/label/hypotypose

 

 

 

Longin (Du Sublime, 15, 1, chapitre 13) appelle « phantasia » (que Boileau traduit par « image ») ce qui arrive

« lorsque par un enthousiasme et un mouvement extraordinaire de l’âme, il semble que nous voyons les choses dont nous parlons, et quand nous les mettons devant les yeux de ceux qui écoutent » 

 

Boileau

« Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent,

Promenaient dans Paris le monarque indolent »

 

Zola : Lourdes :

«... comme il passait dans la même eau près de cent malades, on s'imagine quel terrible bouillon cela finissait par être. Il s'y rencontrait de tout, des filets de sang, des débris de peau, des croûtes, des morceaux de charpie et de bandage, un affreux consommé de tous les maux, de toutes les plaies, de toutes les pourritures. »

 

Racine, Athalie

Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange 

D’os et de chairs meurtris, et traînés dans la fange, 

Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux 

Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

 

Nabokov : Lo-li-ta, musique imitative : 

en fr. : « le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents »

.... en lisant la prodigieuse VO, on va penser à la définition de la poésie par Eliot : « poetry is what is lost in translation »   : 

« the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth »

Par M. Philippon
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